Published on 26 janvier 2026

4 min

Alex Pretti, Zemmour, et les images qui ne veulent plus rien dire

#International #Extrême droite

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Alex Pretti infirmier, américain, avait 37 ans. Il a été tué le 24 janvier 2026 par la police fédérale de l'immigration (ICE). Deux semaines seulement après le meurtre de Renee Good, elle aussi américaine, elle aussi tuée dans des circonstances similaires.

Pour discuter d'Alex Pretti, au lendemain de sa mort, BFM accueille Éric Zemmour, président de Reconquête. Est-ce bien raisonnable de bavarder de la politique anti-immigration de Trump avec un polémiste d'extrême droite condamné, notamment, pour provocation à la haine après ses propos sur les mineurs isolés étrangers ? Non, comme l'ont rapidement relevé certains journalistes sur les réseaux.

Mais il y a pire encore que le pedigree de l'invité dans un tel contexte. Il y a aussi les questions posées, et le boulevard laissé à certaines réponses.

Pour lancer l'interview politique du dimanche midi, Guillaume Daret montre le visage souriant et barbu d'Alex Pretti, dont Le Monde a depuis fait le portrait.

Alex Pretti

Alex Pretti

BFMTV, 25/01/2026

Puis il lance, plein écran, sans floutage, l'une des vidéos apparues sur les réseaux sociaux dans les heures suivant son meurtre. On y voit, au bout de quelques interminables secondes, son corps gisant au sol, criblé d'une dizaine de balles. 

Question de Guillaume Daret à Éric Zemmour : "Qu'est-ce que vous avez ressenti quand vous avez vu ces images ?".

Réponses du polémiste, dans l'ordre : "Je regarde ces images, je ne sais pas ce qu'il en est", "Je ne sais pas vraiment ce qu'il s'est passé", "Je n'ai pas à me prononcer sur les faits que je ne connais pas bien"

Relance : "Vous ne condamnez pas ?". À nouveau : "Je ne sais pas ce qu'il s'est passé".

Autre journaliste de BFM autour de la table, Amandine Atalaya, tente une autre approche : "A minima, ça justifie l'ouverture d'une enquête, et pas la défense systématique envers et contre tout de la police à vos yeux ?".

Après avoir rappelé qu'il avait mis dans son programme de candidat à la présidentielle la "présomption de légitime défense" pour tous les policiers, Eric Zemmour botte de nouveau en touche : "Je me méfie de ces images. Je suis prudent"

Cette séquence est désespérante, à plusieurs niveaux. 

Il y a d'abord les questions posées. Qui, à part visiblement le journaliste en face de lui, se soucie du "ressenti" d'Eric Zemmour face à cette vidéo ? N'aurait-il pas été plus pertinent de lui demander ce qu'il voit, lui, sur ces images ? Que montrent-elles au juste ? Oh sans doute se serait-il défilé, aurait-il répondu à côté. C'est une partie de son métier. Mais c'est celui des journalistes d'appuyer une question, de relancer, en se basant sur ce que l'on sait, les faits. Et à l'heure où a été tournée cette interview, le dimanche 25 janvier à midi, on en savait déjà beaucoup. En plus des vidéos déjà visibles sur les réseaux, le New York Times et le Washington Post - pas les plus anecdotiques des médias américains - avaient déjà expliqué combien ces vidéos contredisaient le narratif du gouvernement Trump qui, comme pour Renee Good, s'est empressé de criminaliser la personne tuée. Au mépris des images, et de la barbarie qu'elles dévoilent.

La potentielle polysémie des images, nous en savons quelque chose ici. Mais pas là. Pas cette fois. Déjà il y a deux semaines, quand Renee Good avait été tuée de plusieurs balles dans la tête dans sa voiture, c'était assez limpide. Là aussi. 

Mises bout à bout, les cinq vidéos disponibles en ligne et à la vue de toutes et de tous permettent de documenter assez précisément ce qu'il s'est passé ce 24 janvier 2026 : alors qu'il filmait avec son téléphone une manifestation contre l'ICE, à Minneapolis, Alex Pretti aperçoit une femme poussée par un agent, qui trébuche. Il tente de s'interposer, mais l'agent l'asperge de bombes lacrymogènes en plein visage. L'infirmier tombe au sol, tente de se relever, mais en est empêché par sept agents de l'ICE qui se jettent sur lui. Au bout de quelques secondes de mêlée, l'un d'eux se baisse, attrape le pistolet fixé à la taille de Pretti (ce qui est autorisé aux Etats-Unis quand on dispose d'un permis, ce qui était le cas de l'infirmier) puis s'en va. Dans la foulée, au moins un autre agent tire dix coups de feu dans le corps d'Alexis Pretti, qui meurt sur le coup.

Alex Pretti, avant d'être mis au sol, en train de filmer avec son téléphone

Alex Pretti, avant d'être mis au sol, en train de filmer avec son téléphone

Instagram, @dangjessie, 25/01/2026

Alex Pretti manifestait. Comme Renee Good deux semaines plus tôt. Les deux ont été tué·es pour ça. C'est évidemment alarmant. Préoccupant aussi : que cela ne soit pas rappelé, montré clairement sur BFM. Qu'un homme politique d'extrême droite, définitivement condamné en 2025 pour provocation à la haine raciale et injures racistes, qui dit "approuver globalement" la politique migratoire de Trump, puisse échapper aussi facilement, sur un plateau télé, à ce que ces images montrent. Nous l'avons dit : c'est son métier d'y échapper. Mais ce n'est pas celui des journalistes de lui permettre de le faire aussi facilement. 

Written by Robin Andraca

Published on 26 janvier 2026

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