Publié le 30 mai 2026

5 min

"L'abandon", ses critiques, et son bon usage

#Médias #Culture

Source :

Open link

Je sors de L'abandon, film sur les onze derniers jours de Samuel Paty. C'est un beau film glaçant. Beau, dans sa scrupuleuse tentative de justesse, ce respect du minute par minute de l'engrenage qui va broyer le prof d'histoire-géo, ce saut d'un point de vue à l'autre : Paty, la principale du  collège prise en tenaille, et la collégienne menteuse, et ce père de famille, et les institutions elles-mêmes, du rectorat à la police.

Je pose d'emblée que je l'ai aimé, parce qu'il va de soi que tout discours sur ce film que vous lirez ou entendrez, parlera d'autre chose que du film lui-même. Quand vous lirez qu'il colle "trop" à la réalité, et que ce n'est donc pas un vrai film, on ne vous parlera pas du film. Quand vous lirez qu'il sort mal à propos, que ce n'est pas le bon timing à un an des présidentielles, vous saurez qu'on ne vous parle pas du film. Ce film, sur ce sujet, est un aimant à mauvaise foi, à polémiques à tiroirs, et à attaques perverses plus ou moins embrouillées contre le camp d'en face. Nous connaissons tout cela par coeur. 

En bon islamogauchiste, averti du fait que le film est adapté d'un livre-enquête de Stéphane Simon, par ailleurs producteur borderline, scotch à polémiques promotionnelles, auquel sont associés les noms de Michel Onfray et Marine Le Pen (il s'en explique...chez Pascal Praud), j'aurais adoré trouver des points d'accroche. Je n'en ai pas.

La stigmatisation des musulmans ?  Mais cette collégienne écervelée, prisonnière de son mensonge, a-t-elle été inventée ? Ce père de famille bas du front, a-t-il été inventé ? Ce prédicateur islamiste Tiktok, boutefeu opportuniste, a-t-il été inventé ? Et le loup solitaire tchétchène exécuteur (par ailleurs à peine esquissé dans le film), a-t-il été inventé ? L'Abandon prend par ailleurs soin de montrer d'autres musulmans  (une mère d'élève, une animatrice de radio), se faisant défenseurs de Paty, une fois établi le mensonge de la collégienne délatrice. 

Si j'étais mauvais esprit, je pourrais presque soupçonner les auteurs de s'évertuer à construire le film le plus rigoureux possible pour tendre un piège à la gauche bien pensante, ou à l'image qu'ils s'en font, et la choper en flag de déni de "réalité". Raté. Ou quasi-raté. Car pas de chance, la gauche bien pensante, de  Libé à Télérama, a globalement apprécié le film à Cannes, ou bien s'est prudemment (Le Monde) gardée de toute appréciation. Ce qui n'empêche pas les snipers ordinaires d'extrême droite, de Marianne à Boulevard Voltaire, d'inventer des éreintements imaginaires pour y déceler dans tel adjectif vaguement réservé leur on ne peut plus rien dire préféré.

Quand je disais que je n'avais aucun point d'accroche, ce n'est pas tout à fait vrai.  La seule malhonnêteté du film, c'est son titre. L'Abandon, cela suppose que Samuel Paty a été abandonné de tous. Et on voit bien que le film adorerait prouver cet abandon, et l'expliquer par une complaisance générale envers l'islamisme. Il cherche. Il creuse : les profs du collège, la police, le rectorat. Mais on voit aussi qu'il y échoue, et prend acte honnêtement de cet échec (sauf dans le titre, justement). La police et le rectorat ? Oui, ils négligent les alarmes de la principale du collège, alors que grimpent les vues des vidéos de haine contre le prof "voyou". Mais ce n'est pas par complaisance avec l'islamisme. Ils sont débordés, coincés dans leurs procédures et leurs problèmes d'effectifs. Surtout, le phénomène du cyber-harcèlement et de la haine en ligne passe largement sous les radars de ces institutions, frileuses et structurellement en retard sur la société, comme toutes les institutions. A leur décharge, on se situe à l'époque, par définition, avant l'assassinat de Samuel Paty, événement charnière en la matière, comme les attentats de 2015.

Restent les profs. Comment la communauté éducative du collège est-elle montrée ? Avec équité, me semble-t-il. Deux anti-Paty virulents, deux pro-Paty solidaires, et un marais lourdement silencieux. Sans avoir enquêté sur place, ce partage me parait vraisemblable. Les deux anti-Paty le sont-ils par lâcheté, ou par réprobation sincère de la démarche du collègue (construire un cours sur les caricatures de Charlie, proposer de sortir pendant la projection aux élèves qui, pourraient en être "choqués") ? Sans l'affirmer, le film semble pencher pour la lâcheté (le prof anti-Paty s'excuse piteusement devant ses propres élèves pour la "maladresse" de son collègue). C'est en dire trop, ou pas assez.

Je serais prof, bien sûr que je diffuserais largement le film dans mes classes, en le faisant suivre d'un débat critique. Montrer, critiquer : ce serait, à mes yeux, un hommage plus fidèle à la propre démarche pédagogique de Paty lui-même, et un geste de prévention plus efficace contre la mécanique de la haine en ligne, la manière dont un bad buzz peut muter en fatwa, plutôt que de panthéoniser cet honnête homme, qui n'a jamais recherché l'héroïsme. 

Par Daniel Schneidermann

Publié le 30 mai 2026

Bonjour 👋

Voici l'édition du  

Par Léna Rosada

Face aux méga-feux ils ont parfois dû intervenir sans matériel de protection ou été mobilisé·es plusieurs jours d'affilée sans accès à des douches. Après un été marqué par les incendies, Politis se fait écho des griefs et des revendications des pompiers et pompières alors qu'au moins cinq d'entre elles et eux ont perdu la vie au travail ces derniers mois.

 

Les smartphones n'ont désormais officiellement plus leur place dans les établissements scolaires des adolescent·es, après la promulgation de la loi les interdisant au lycée. Next relai les doutes quant à l'application réelle de la mesure à une semaine de la rentrée des classes.

Accès libre
#Pouvoirs

« Les fumées nous tuent à petit feu » : la colère des pompiers monte

Publié le 25/08/2026 à 16:45

7 min

Un jeune sapeur-pompier a perdu la vie à la suite d’un éboulement alors qu’il luttait contre un feu en Savoie, le 8 juillet. Deux sapeurs-pompiers sont morts piégés par les flammes à Mérignac le 21 juillet. Un quatrième est décédé dans les Bouches-du-Rhône alors qu’il conduisait un camion-citerne le 27 juillet. Derrière ce bilan tragique, un enjeu demeure […]

#Pouvoirs #Écologie

Incendie de Saumos : « La commune du Porge n’a pas été abandonnée », soutiennent les autorités

Publié le 26/08/2026 à 06:00

6 min
#Extrême droite

Extrême droite : deux élues parisiennes réclament une enquête sur l’avocat lyonnais à la tête de la Maison de l’Argentine

Publié le 25/08/2026 à 08:09

4 min

Proche de Marion Maréchal, le franco-argentin Santiago Muzio pilote depuis deux ans cette institution de la Cité universitaire internationale de la capitale. Sa gestion controversée, comme l’avait documenté Mediacités en juin dernier, a poussé deux adjointes au maire de Paris à alerter le Quai d’Orsay.

Les
dossiers de
la Presse libre