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Faut-il rappeler ce que le grand historien de la Shoah Omer Bartov appelle « la guerre éternelle d’Israël » ? Depuis le 7 octobre 2023, cette guerre sans fin est au centre de l’actualité. Elle l’est plus encore depuis que Benyamin Netanyahou a réussi à entraîner son ami Donald Trump dans une offensive de grande envergure contre l’Iran. Peu lui chaut le désastre économique qui en résulte. Lui est insensible à ce genre de contingences. Il poursuit un objectif inavoué : l’extension du territoire israélien, en Cisjordanie, et à présent au Liban. Cela, au prix de dizaines de villages rasés et de milliers de morts, en rendant inhabitables des régions entières, comme à Gaza.
L’extrême droite aujourd’hui au pouvoir en Israël est à l’initiative de toutes les guerres actuelles du Moyen-Orient. Le dire n’exempte évidemment pas de dénoncer le régime des mollahs, le Hezbollah libanais et le Hamas. C’est seulement reconnaître qu’il y aurait eu des moyens politiques pour parvenir à la paix : aider l’OLP plutôt que le Hamas, soutenir l’État libanais contre le Hezbollah, et veiller à l’application du traité sur le nucléaire iranien de 2015, plutôt que le faire déchirer par l’idiot utile américain. Mais la paix n’est surtout pas le but ! Ce discours, le mien et celui de beaucoup d’autres, se conclut immanquablement par cette double question : pourquoi l’impunité pour ce gouvernement fasciste et pourquoi cette lâcheté française ?
Le soupçon fera loi, à partir d’une définition du sionisme historiquement et conceptuellement fausse, pour ne pas dire crapuleuse.
La lâcheté est généralement comprise comme le prix de la culpabilité d’une France qui porte toujours en elle la mémoire inapaisable de la Shoah. Elle est aussi la crainte de représailles d’institutions juives dévouées à Israël et la peur d’encourir la qualification infamante d’antisémitisme. Mais il arrive que la lâcheté, synonyme de silence, ne suffise plus aux dirigeants israéliens et à ses avocats dans la société française, comme l’Organisation juive européenne (OJE), la ministre Aurore Berger et la députée Renaissance Caroline Yadan, dont la proposition de loi vient en débat la semaine prochaine à l’Assemblée. Ce qui caractérise leur offensive pour étendre la définition de l’apologie du terrorisme, comme pour amalgamer la critique du sionisme à l’antisémitisme, c’est le flou. Une promesse d’arbitraire.
Le soupçon fera loi, à partir d’une définition du sionisme historiquement et conceptuellement fausse, pour ne pas dire crapuleuse, qui occulte la dimension coloniale. Caroline Yadan, porte-parole officieuse du gouvernement Netanyahou au Palais-Bourbon, ne fait rien d’autre que proposer une loi interdisant l’anticolonialisme. D’où l’inquiétude des auteurs d’une pétition qui dénoncent « un réel danger pour la liberté d’expression » (1). Le contexte n’est pas indifférent au moment où les meilleurs représentants de l’idéologie sioniste s’appellent Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, les ministres fascistes qui organisent les pogroms en Cisjordanie.
Ignorer une pétition qui a dépassé les 500 000 signatures devient un problème démocratique.
Quant au concept d’apologie du terrorisme, il pose la question de la définition du terrorisme. Il est fait reproche à Rima Hassan d’avoir posté un message, aussitôt retiré, posant que « résister est un devoir ». La phrase aurait pu être de Frantz Fanon ou de Jean Moulin. Raison de plus pour ne pas se référer à un terroriste japonais auteur d’un massacre en 1972 dans l’aéroport de Lod, à Tel-Aviv. C’est une faute qui ne peut sûrement pas servir la cause palestinienne. Mais, je me demande s’il n’y a pas aussi une forme d’apologie du terrorisme quand on soutient les actes du gouvernement israélien en Cisjordanie, à Gaza et au Liban, ou quand on tente de faire taire ceux qui manifestent leur indignation.
N’y a-t-il pas aussi une forme d’apologie du terrorisme quand on soutient les actes du gouvernement israélien en Cisjordanie, à Gaza et au Liban ?
Est-ce bien le moment pour la Macronie et pour la droite parlementaire (et pour François Hollande, décidément définitivement infréquentable) de harceler Rima Hassan, alors que les Palestiniens sont victimes d’épuration ethnique et sont visés par une loi d’apartheid qui leur promet la mort, non seulement pour ce qu’ils font mais pour ce qu’ils sont ? Est-ce le moment d’obtempérer en claquant des talons aux objurgations d’organisations qui, comme l’OJE, tentent de faire disparaître l’origine des produits venant des colonies pour lever tout obstacle à la colonisation ? La loi Yadan, les poursuites contre Rima Hassan, alors même que le gouvernement français ne propose toujours aucune sanction contre la politique raciste d’Israël, ne témoignent plus seulement de lâcheté, mais d’une forme de complicité. Vouloir bâillonner toute expression de soutien aux Palestiniens est, qui plus est, la plus sûre façon de produire de l’antisémitisme.