Publié le 05 avril 2026

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Religion : « face aux discours simplistes, nous voulons apporter des chiffres, des faits »

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Avec Religis, l’Université de Strasbourg lance un vaste programme national mobilisant 450 chercheurs jusqu’en 2031. L’ambition : analyser la religion sous tous ses angles et apporter des connaissances solides sur un sujet inflammable dans le débat public.

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Éric Vallet, historien et coordinateur du programme Religis.

Avec Religis, l’Université de Strasbourg lance un vaste programme national mobilisant 450 chercheurs jusqu’en 2031. L’ambition : analyser la religion sous tous ses angles et apporter des connaissances solides sur un sujet inflammable dans le débat public.

« Il faut comprendre qu’avec les défis que notre société rencontre, nous avons besoin de la recherche en sciences humaines. » Éric Vallet est chercheur en histoire de l’Islam à l’Université de Strasbourg (Unistra). C’est lui qui coordonne Religis, un vaste programme multidisciplinaire consacré au « fait religieux ». Un projet inédit, lancé dans un contexte où les sciences humaines peinent souvent à rivaliser, en matière de financement et de visibilité, avec les sciences dites dures.

L’Unistra a fédéré douze autres partenaires, parmi lesquels l’Université d’Aix-Marseille, l’Université de Lyon, l’École des hautes études en sciences sociales ou encore Sciences Po Paris. Ce consortium a remporté un appel à projets du gouvernement, doté d’une subvention de neuf millions d’euros. Au total, 450 chercheurs – dont 150 à Strasbourg – travaillent depuis avril 2025 et jusqu’en 2031 dans le cadre de Religis, un programme dont le coût global devrait atteindre 60 millions d’euros.

Avec ses départements d’études théologiques, notamment hébraïques et juives, ainsi qu’un institut d’islamologie, l’Université de Strasbourg disposait d’un terreau particulièrement favorable pour initier cette démarche.

Mêler les disciplines

D’après l’Unistra, « Religis représente une mobilisation sans précédent » en France, consacrée à« l’étude des religions dans leur rapport à la société ». Le programme a été conçu dans un contexte où les sujets religieux alimentent souvent des polémiques médiatiques, l’islam étant notamment régulièrement ciblé par l’extrême droite. Éric Vallet détaille les objectifs de cette démarche à Rue89 Strasbourg.

Rue89 Strasbourg : Que vont étudier les chercheurs financés par Religis ? Avez-vous des exemples ?

Éric Vallet : Nous avons trois grands axes de recherche. Le premier consistera à situer le religieux : où est-ce que ça commence et où est-ce que ça finit. Par exemple, l’élan d’émotion et de soutien après l’incendie de Notre-Dame-de-Paris, certains diront que c’est religieux, qu’il y a une forme de sacralité. D’autres diront que c’est plutôt identitaire.

Le deuxième axe s’intéressera à l’interaction entre le fait religieux et la société. Un groupe se penchera sur la manière dont nous abordons les phénomènes de radicalisation. Une équipe étudiera la question de la conjugalité, puisque ce n’est plus l’Église qui façonne le rapport au couple. Aujourd’hui, on a de nombreuses familles avec différentes cultures religieuses. Des sociologues et des chercheurs en management étudieront le rapport entre la religion et l’entreprise. Et nous avons des historiens et des sociologues qui exploreront d’autres modèles dans le monde, actuels ou passés. Le but est vraiment d’avoir systématiquement une approche qui mêle toutes les disciplines pertinentes. 

Regain du Carême et des baptêmes

Le troisième axe sera l’aboutissement des deux premiers : l’analyse du fait religieux. Un groupe de chercheurs analysera les mots qu’on utilise, radicalité, islamisme, intégrisme, laïcité… et proposera des définitions précises. D’autres se consacreront aux discours religieux numériques, avec l’apparition d’influenceurs sur les réseaux sociaux. Manifestement, il y a une efficacité nouvelle dans la conversion, beaucoup d’observateurs ont été surpris de constater un regain du carême et une forte hausse des baptêmes d’adultes.

Les religions sont souvent instrumentalisées politiquement. Est-ce que Religis vise à alimenter le débat public sur ces questions ?

 Bien sûr. Notre travail sur la question des mots va dans ce sens, avec l’hypothèse qu’une partie du caractère inflammable tient à une difficulté à trouver un langage commun. On est face à des expressions très chargées émotionnellement. Le risque sans cela est d’être dans un brouillard conceptuel qui crée des débats sans fin.

Nous voulons apporter un cadre rigoureux d’analyse. Nous souhaitons notamment quantifier, être en capacité de diffuser des données sur ces sujets souvent médiatisés mais peu connus. Par exemple, des scientifiques étudieront la clause de neutralité dans les entreprises (restriction de la manifestation des convictions religieuses des salariés, NDLR). Personne ne sait où on en est sur la mise en œuvre de cette clause, est-ce qu’elle est beaucoup utilisée ? Qui est touché ? Pourquoi ? On va produire des données fiables là-dessus. De manière générale, face aux discours simplistes, nous entendons apporter des chiffres, des faits.

Former des professionnels

 Et nous allons même examiner l’instrumentalisation en tant que telle, avec l’exemple du lien entre la religion et la politique aux États-Unis, ou les nouveaux nationalismes religieux liés à l’Islam. Malheureusement, il semble que les religions sont encore beaucoup utilisées dans un contexte d’affrontement identitaire. 

Les apports de ce programme ne risquent-ils pas d’être noyés dans un contexte médiatique où les idées d’extrême droite prospèrent ?

C’est sûr que dans ce flot permanent de pugilat en ligne, on néglige le travail de fond. Mais je pense qu’on peut quand même avoir un impact grâce à des espaces de dialogues ouverts, où on prend le temps. C’est une nécessité de service public pour nous, ne pas laisser autant d’ignorance dans les discussions publiques autour de ces questions.

Mais nous allons aussi monter des actions auprès des jeunes dans les collèges, les lycées, nous rapprocher d’associations, nous serons présents à l’université. Il y aura également de la formation à destination des professionnels qui doivent composer avec la religion dans leur travail, comme les enseignants ou les agents du milieu pénitentiaire. Nous échangerons enfin avec les collectivités au sujet de leurs pratiques. Localement, on peut citer la Collectivité européenne d’Alsace, la Région Grand Est, l’Eurométropole…

Aussi, nous allons créer un portail d’informations et de ressources publiques sur les religions, et nous nous investirons dans le forum des religions à l’automne 2026, avec des débats, des rencontres… Notre parti pris est de donner des informations précises à ceux qui sont prêts à creuser. Ma conviction, c’est que ce sont le travail de fond et les dialogues réels qui font avancer la société. 

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