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Le Pentagone a décidé de mettre au cœur de sa stratégie militaire le système Maven de Palantir. En parallèle, l’entreprise dirigée par Alex Karp a décroché un contrat avec l’autorité financière britannique lui donnant accès à des données très sensibles concernant le pays.
Le département étatsunien de la Défense (ou de la Guerre, selon la nouvelle appellation trumpiste) a décidé d’accélérer l’introduction dans son processus décisionnel de la solution logicielle Maven de Palantir.
Le secrétaire adjoint de la Défense des États-Unis, Steve Feinberg, a officialisé dans un mémo interne qu’a pu consulter Reuters que le système Maven devient un programme officiel du Pentagone, ce qui garantit à Palantir l’utilisation à long terme de sa technologie au sein de l’armée américaine.
Investissement massif de l’armée américaine dans l’IA et dans les solutions de Palantir en particulier
Comme nous l’expliquions l’année dernière, ce logiciel est déjà utilisé par le Pentagone, l’armée israélienne et par l’OTAN depuis l’année dernière. Ce programme utilise des données massivement agrégées pour alimenter la prise de décision sur les terrains d’opérations et notamment la reconnaissance automatique de véhicules ou de cibles observées par des drones ou des satellites.
Steve Feinberg affirme dans son mémo que Maven fournira aux combattants américains « les outils les plus récents nécessaires pour détecter, dissuader et dominer [leurs] adversaires dans tous les domaines ».
« Il est impératif que nous investissions dès maintenant et de manière ciblée pour renforcer l’intégration de l’IA au sein de la Force interarmées et faire de la prise de décision fondée sur l’IA la pierre angulaire de notre stratégie », y affirme-t-il encore.
Cette décision renforce encore la position de Palantir au sein du système de décision militaire étatsunien et dans l’administration américaine en général. Comme nous l’expliquions déjà en août dernier, Palantir a profité à fond de l’élection de Donald Trump.
Cette intégration de Maven se met en place alors que le budget prévu pour « l’autonomie et les systèmes autonomes » au sein du département de la Défense par l’administration Trump est de 13,4 milliards de dollars, dont 9,4 milliards pour les drones, 1,7 milliard pour les systèmes maritimes autonomes, 210 millions pour les véhicules terrestres, 7,34 millions pour les capacités sous-marines et 1,2 milliard de dollars pour les logiciels de supervision de l’IA chargés de sous-tendre le fonctionnement de ces différents systèmes.
Analyser la criminalité financière britannique et accès aux données sensibles
En parallèle, Palantir a obtenu un contrat avec la Financial Conduct Authority (FCA) pour analyser, sur une période d’essai, ses données et l’aider dans sa lutte contre la criminalité financière, dont la fraude, le blanchiment d’argent et les délits d’initiés. Le Guardian explique que l’entreprise d’Alex Karp doit toucher 30 000 livres sterling (34 670 euros) par semaine pour cet essai.
Si le montant peut paraitre comme un enjeu beaucoup plus faible que le contrat avec le Pentagone, certains membres du parlement britannique ont soulevé des questions de souveraineté. « Des entreprises comme Palantir n’ont pas leur place au sein des systèmes gouvernementaux britanniques lorsqu’elles sont étroitement impliquées dans les guerres illégales du président Trump » affirme ainsi l’écologiste Siân Berry, qui a appelé le gouvernement à « intervenir immédiatement et à protéger notre sécurité nationale et économique en bloquant l’attribution de ce contrat ».
Questionné sur le fait que le Royaume-Uni devienne « dangereusement dépendant » des entreprises américaines et notamment de Palantir, le premier ministre travailliste Keir Starmer a répondu : « Je ne pense pas que nous soyons trop dépendants ».
L’immersion de Palantir dans le système britannique ne se résume pourtant pas à cet essai. Elle a déjà remporté un contrat auprès du NHS, le système de santé britannique, en 2023. Celui-ci est encore décrié au Royaume-Uni. « Il existe un risque qu’un gouvernement actuel ou futur utilise la plateforme de données fédérées système de planification (FDP) gérée par Palantir pour commettre des abus de pouvoir fondés sur les données, d’une manière qui serait impossible avec les systèmes de données actuels du NHS », expliquait le 12 mars dernier l’ONG britannique Medact.
Le Guardian expliquait récemment que Scotland Yard utilise aussi des logiciels de Palantir pour surveiller le comportement de son personnel.
En France, rappelons que la DGSI a renouvelé encore son contrat avec l’entreprise d’Alex Karp en décembre dernier.
